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© 2016 Théâtre Les Pieds Nus

Les défis d'une jeune compagnie : interview d'A2Pas

 

Peux-tu nous décrire ton parcours artistique dans les arts vivants (premiers pas, envies, défis relevés, décisions importantes) ? 

 

J’ai toujours pratiqué des activités artistiques. À l’âge de 7 ans m’a mère m’a inscrite au solfège, deux ans plus tard je commençais la flûte traversière, que j’ai pratiquée pendant dix ans. Quasiment au même moment j’ai commencé le théâtre. Je faisais aussi du chant et de la danse. Bref, je passais tout mon temps libre dans les écoles artistiques. Et quand on grandit avec ça, on a plus de mal à envisager une vie sans. À 18 ans pourtant, je me suis posée la question d’une carrière dans le milieu artistique et ça m’a paru tellement utopique au regard de mon contexte familial que je me suis dit que ça resterait des « hobbies ». Alors j’ai essayé de faire « comme tout le monde » et de suivre un chemin plus classique et plus raisonnable. Une fois que j’ai obtenu les diplômes qu’il fallait et que j’avais un job stable dans une entreprise, j’ai fait un burn-out. Je ne me sentais bien que quand je faisais du théâtre ou de la musique. J’ai alors compris qu’il fallait arrêter de repousser qui j’étais. Ce n’était certes pas le choix de la facilité, mais au moins c’était celui du cœur. 

 

 

 

Choisir la voie artistique et devoir passer par le sempiternel schéma sociétaire rigide est un oxymore.

 

 

 

Sauter le pas a été le choix le plus difficile de ma vie, mais aujourd’hui celui dont je suis la plus fière. Certes, je suis confrontée à des difficultés financières, aux difficultés des débuts quand on n’a pas encore de réseau ni suffisamment d’expérience, à la concurrence rude du milieu, mais je me sens plus en accord avec moi-même, je n’ai pas l’impression de « jouer un rôle » (haha). D’ailleurs, je n’ai pas l’intention de me « prostituer » pour réussir à faire ma place : je crois qu’on peut tous cohabiter car on a tous des choses différentes à proposer et que c’est bien là la beauté de l’art : c’est sans limites. Par exemple, j’ai tenté de faire une école professionnelle de théâtre en cours du soir pendant que je travaillais dans ma boîte. Cette école – que je m’abstiendrai de nommer – avait tout d’une école de commerce (et j’en avais déjà fait une donc merci mais non merci), c’est-à-dire qu’elle formait des gens pour les mettre dans des moules, exactement comme le reste de la société et où l’art peut s’affranchir de tout ça, et avait perdu (si tant est qu’elle n’en ait déjà eu) toute son essence artistique : je ne savais pas dire ce qui animait ceux qui géraient cette école, hormis l’argent. Où se trouvait leur essence, quelle était leur vocation, il m’était impossible de le dire. C’est pourquoi j’ai quitté cette école. Si pour faire du théâtre faut passer par ça, pour moi c’est de la prostitution. Choisir la voie artistique et devoir passer par le sempiternel schéma sociétaire rigide est un oxymore.

 

Peux-tu nous décrire ton travail actuel (création(s) achevée(s) et/ou en cours de finalisation) que tu aimerais voir se produire dans les 6 prochains mois ? 

 

Nous avons créé, avec mon compagnon comédien, notre compagnie de théâtre : le Théâtre Les Pieds Nus. Nous avons beaucoup d’idées pour proposer des choses nouvelles, ou en tout cas des choses que nous ne voyons pas beaucoup. Aujourd’hui le théâtre est souvent stigmatisé entre du théâtre de boulevard / one man show qui parle de problèmes de brosse à dents, et du théâtre élitiste, voire poussiéreux, tel que la Comédie Française, car le langage inusité de Molière paraît inaccessible et ennuyeux. Nous croyons que nous pouvons réconcilier tout ça, et pour cela, nous avons fait beaucoup de recherches sur les origines du théâtre et sur les théâtres traditionnels du monde entier. Du coup, notre point de départ il est là. 

 

 

Nous avons pour ambition de créer des spectacles, mais aussi de créer une formation qui parle de choses qu’on ne connaît pas sur le théâtre. Nous commençons par donner des stages. Nous avons donné un stage à la rentrée sur le théâtre baroque, qui est la forme telles qu’étaient jouées les pièces au XVIIè siècle devant le roi. Connaître cela, c’est comprendre un peu mieux notre histoire car la codification engendrée par le théâtre baroque nous apprend beaucoup sur nous et sur le rôle du théâtre.

Malheureusement, nous sommes pour l’heure confrontés à la difficulté de la notoriété qu’il nous faut nous constituer : nous espérons que ces stages nous permettront de créer notre réseau et de faire connaître notre travail. Pour 2017, nous préparons notre premier spectacle : une adaptation des Misérables. En amont du spectacle, nous donnons un stage sur Victor Hugo en janvier. Mais notre objectif principal est de pouvoir nous produire sur scène à l’automne 2017.

 

 

As-tu déjà pu produire tes créations ? 

 

Notre compagnie étant relativement jeune, nous n’avons pas encore produit de création mais nous sommes en pleine adaptation de notre premier spectacle. Nous sommes actuellement en plein démarchage de théâtres, et c’est là où le combat commence. Il nous faut convaincre de la qualité de notre travail sans être suffisamment connu.

La plus grosse difficulté des compagnies et comédiens est que les théâtres et les producteurs achètent ce qui « se vend ». Et alors que les théâtres pourraient proposer, justement, des choses qui changent, ils ont trop peur que leurs salles ne soient pas remplies. Nous devons prouver que nous allons leur ramener du monde. Ce n’est que du business. Les théâtres ne choisissent pas un spectacle parce qu’il apporte quelque chose de bien ou de mieux pour ce monde. Ils préfèreront choisir un spectacle médiocre mais qui remplit tous les soirs. Si c’est médiocre, ça ne peut pas remplir me direz-vous… Mais si. Le panel culturel qui nous est proposé ne nous permet pas d’élever nos exigences et notre sens critique. Notre culture, c’est un peu triste à dire, se fait par la télévision. Ça rejoint ce que j’expliquais plus haut sur la stigmatisation du théâtre : ce qui marche c’est ce qui est « populaire ». On applaudit un gars au théâtre parce qu’il a fait de la télé alors que son spectacle n’est pas si bon qu’on le dit. J’ai vu des jeunes faire des choses bien plus extraordinaires et être désertés parce qu’ils n’étaient pas connus. Il nous faut un monde avec un peu plus de Théâtre du Soleil et un peu moins de Gad Elmaleh.

 

À 2 Pas de la Scène et toi - Qu’est-ce que cela t’inspire de positif en tant qu’artiste ? As-tu des doutes ? 

 

Étant donné la difficulté qu’on a en tant qu’artiste à se produire, je trouve l’idée extrêmement bonne, surtout si ça marche. C’est mon gros doute : j’ai l’impression que vu le fonctionnement du secteur, ça ne pourrait marcher que pour une certaine catégorie d’artistes (groupes de musique par exemple). Se produire un soir dans un café n’est pas le même défi que se produire 2 mois dans une salle de théâtre. Pour l’instant je n’arrive pas saisir toute l’ambition d’A2Pas, j’ai peur que ça reste des solutions de « dépannage » et donc relativement assez précaire pour les artistes. La production est notre plus gros défit. J’ai peur que finalement ça ne vienne pas nous enlever nos épines du pied, mais si c’est le cas, alors les jeunes comédiens et jeunes compagnies vont voir leur vie facilitée, et ce serait génial.

Je me dis aussi que ça peut apporter une certaine notoriété aux artistes, être une vitrine pour faire parler de leur travail. L’essentiel c’est que ça reste pour des artistes jeunes pas encore accomplis, qui ont besoin de travail.

 

 

Retrouvez l'article original ici .

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