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© 2016 Théâtre Les Pieds Nus

« Faire du théâtre »... ça n’existe pas. 

Le théâtre, c’est avoir le courage d’affronter l’indicible mystère de l’existence, fouiner l’invisible.

Le théâtre ce n’est pas une satisfaction de l’ego, un désir de gloire personnelle ou un besoin de reconnaissance.

 

Il ne suffit pas d’être comédien pour être rebelle ou être en marge. Être comédien, c’est une responsabilité lourde et importante.

C’est avoir l’audace de monter sur scène pour exposer le fruit de notre travail, de nos pensées, de nos goûts, de nos émotions. 

En ce cas, il apparaît évident que nous devons être exemplaires, moteurs, fédérateurs. Par devoir et par respect.

 

Le comédien est tout en même temps: homme politique, rebelle, romantique, sage bouddhiste, penseur, tribun, poète, sportif...

Et parce qu’il est ou doit être tout cela, il ne peut pas prendre son rôle à la légère.

 

Mais il est tout cela surtout parce qu’il est homme avant tout et que l’homme est infini.

Les soufis ont pour habitude de dire que le « Grand Univers » se trouve à l’intérieur de l’homme et le « Petit Univers » à l’extérieur...

Kathakali, Opéra de Pékin, Théâtre Nô, Kabuki...

 

Il y a dans les formes théâtrales traditionnelles orientales ce quelque chose qui unit la terre et le ciel, le charnel et le spirituel, le fini et l'infini. 

 

L'expérience d'une représentation de Kathakali (théâtre Indien du Kerala) nous amène à cette évidence : le théâtre nous rend tous frères et c’est peut­-être là son rôle.

Les codes gestuels, les chants, les costumes sont parfaitement éloignés de tout ce que nous pouvons connaître en France. 

 

Une représentation dure 4h... sans pause.

 

Mais à la fin on éprouve clairement la sensation que rien n’est séparé (danse, chant, musique, théâtre, texte...), tout est Un, la distinction n'existe pas ici. Inconsciemment (ou pas) ils oeuvrent pour la paix dans le monde.

 

Il est impossible de ne pas aimer la différence tout simplement parce qu’il n’y en a pas. Nous sommes les mêmes et l’invisible agit.

 

Le Corps, le Chant, la Danse

 

Pour nous le théâtre est célébration et nos inspirations sont nourries également du théâtre ­dansé de Pina Bausch ou encore de la démarche artistique de James Thiérrée.

Nous considérons que le corps, la voix, le chant sont les vecteurs qui nous mènent à l’expression de l’âme humaine. Pour exprimer une pensée ou une idée, il suffit de l’imposer. Le travail de l’âme, lui, ne s’impose pas, c’est nous qui nous plions face à lui. Cela demande une grande écoute et une grande humilité.

 

Il est des mots qui ne pourront jamais dire l’âme d’un homme. Mais il est des danses ou des chants qui le pourront toujours.

Sinon pourquoi l’homme aurait-­il dansé et chanté depuis la nuit des temps?

 

Pour nous le texte de théâtre est un des composants du théâtre, il n’en est pas le moteur.

 

La seule chose qui nous est indispensable, c’est l’homme et sa machine, c’est­-à-­dire lui-même.

Lui et son âme.

 

Des auteurs : René Guénon, Antonin Artaud...

 

...et bien d’autres mais ceux-là nous inspirent et nous nourrissent particulièrement. D’une part parce qu’ils sont intransigeants avec les anomalies du monde qui les entoure. D’autre part parce que cette intransigeance n’est pas gratuite, elle est un pied d’appel pour un monde plus pur.

 

Ces deux citations diront plus clairement ce que nous voulons dire:

 

"Le théâtre doit rompre avec l'actualité, son objet n'est pas de résoudre des conflits sociaux ou psychologiques, de servir de champ de bataille à des passions morales, mais d'exprimer objectivement des vérités secrètes, de faire venir au jour des gestes actifs, cette part de vérité enfouie sous les formes par leur rencontre avec le Devenir. Faire cela, c'est le rendre à sa destination primitive, c'est le replacer dans son aspect religieux et métaphysique, c'est le réconcilier avec l'univers." 

(Artaud, Oeuvres)

 

"L'homme, c'est­-à-­dire l'individualité humaine, n'a aucunement une situation privilégiée ou exceptionnelle, pas plus dans un sens que dans l'autre; il n'est ni en haut ni en bas de l'échelle des êtres; il représente tout simplement dans la hiérarchie des existences, un état comme les autres, parmi une infinité d'autres, dont beaucoup lui sont supérieurs, et dont beaucoup lui sont inférieurs aussi." (Guénon, La Crise du Monde Moderne)